
En manga...
Ça
devait arriver ! À force de se balader dans la capitale
du manga, Jean-David Morvan s'est mis à avoir des idées... « Et
pourquoi ne pas raconter l'adolescence de Spirou ? Il pourrait
avoir été groom dans un super hôtel de Tokyo,
non ? » Si l'idée était séduisante,
encore fallait-il trouver un mangaka - et un bon, par-dessus le
marché !
Rencontre avec celui qui a relevé le défi :
Hiroyuki Oshima.
Boris
- Ça
te fait quoi d'avoir « mangatisé » l'un
des personnages les plus connus de la BD ?
Oshima - Lorsque
Jean-David m'a contacté, j'ai d'abord été très
honoré. Jamais encore je n'avais eu l'occasion de travailler
avec l'Occident ! Mais ensuite l'inquiétude m'est
venue, car je pensais devoir aller en Europe. Et comme la télé montrait
des jeunes qui incendiaient des voitures dans les cités
françaises, je n'étais pas très rassuré !
Quoi ! T'es venu bosser chez nous ?
Non, finalement on a travaillé par correspondance
et par email. Tu aurais dû voir ma tête quand Jean-David
m'a envoyé un énorme colis avec 47 albums de Spirou
et Fantasio... Je n'aurais jamais pensé que les personnages
avaient un si long passé !
Tu as aimé les albums ?
Au niveau du scénario, c'est difficile à dire...
Jean-David ne les avait pas traduits ! En revanche, j'ai été impressionné par
les dessins de Frankenstein. Heu... En
fait, c'est « Franquin ».
Ah ? Je pensais qu'il s'agissait de l'inventeur...
Non, tu dois confondre avec Gaston.
Gaston ?
Je t'enverrai des albums... à part ça, comment
as-tu trouvé les dessins de Jose Luis ?
Superbes ! Il y a quelque chose de « manga » dans
sa façon de dessiner. Il est clair qu'il a lu plus de BD
japonaises que ses prédécesseurs...
Et que réponds-tu à ceux qui prétendent
que les personnages de manga ont tous des yeux de Bambi ?
Ça m'amuse parce que beaucoup de Japonais considèrent
que les Occidentaux ne savent pas dessiner les yeux...
Quelle a été la plus grande difficulté en
adaptant Spirou en manga ?
Mon plus gros problème était de dessiner un
hôtel 5 étoiles ! Vois-tu, j'ai plutôt
l'habitude des hôtels capsules...
C'est quoi ?
Ce sont les hôtels les moins chers du pays : une trentaine
d'euros par nuit, pas plus. Les dimensions des « chambres » sont
de 80 centimètres de hauteur pour 2 mètres de profondeur. Équipées
juste d'un lit, d'un radioréveil et d'une télévision,
ces capsules climatisées se superposent en rangées,
le long de couloirs silencieux.
Faut pas être claustrophobe !
En général, les clients hôtels capsules sont
des hommes qui ont un peu trop bu et qui ont raté le dernier
train pour rentrer chez eux.
Tu as d'autres projets avec Jose Luis et Jean-David ?
Daisuke
Ihara - mon assistant - et moi allons les aider à produire
leurs propres
"doujinshi". À la fois fanzine et produit
de luxe, les doujinshi sont des mangas dessinés en dehors du
circuit habituel des grosses maisons d'édition.
Tu crois que Spirou va conquérir le marché japonais ?
C'est évident !
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